Rentrée scolaire et le sommeil de nos enfants

J’ai participé, il y a quelques jours, à la réunion de rentrée de mon fils. Les enseignantes ont à raison rappelé lors de cette réunion l’importance du sommeil pour nos enfants. Mais avez-vous notion des besoins réel de sommeil de votre enfant ? Connaissez-vous les multiples impacts du sommeil ? Et les signes évocateurs d’un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité ? Et finalement que faire pour aider nos petits anges à bien dormir ?


Quel rythme à quel âge ?


En grandissant, les besoins en sommeil des enfants vont diminuer et le rythme de l’alternance veille sommeil va évoluer. Les besoins de chacun sont différents et variables. Certains sont de gros dormeurs quand d’autres semblent avoir besoin de périodes de sommeil plus courtes. Attention cependant à ne pas qualifier de petit dormeur un enfant qui ne dort pas assez pour différentes raisons. Le meilleur indicateur reste le sentiment d’être reposé au réveil. C’est facile pour les grands enfants et les adolescents d’évaluer cette sensation mais c’est beaucoup plus compliqué pour les plus petits.


Pour vous guider je vous propose ce tableau récapitulatif, il vous donnera une idée des fourchettes de besoin en fonction de chaque âge associé au besoin en siestes.

Dans certaines cultures de régions tropicales, les enfants plus âgés et les adultes font des siestes quotidiennes. Tableau adapté du National Sleep Foundation.


Un même enfant va pouvoir présenter des variations dans ses rythmes et ses besoins en fonction de ses activités physiques et intellectuelles ou encore de la saison. En effet, notre sommeil est régulé par deux paramètres. Notre état de fatigue et de repos et notre horloge interne. Cette dernière est fortement influencée par l’environnement.

Ainsi, j’ai rencontré récemment une adolescente de 17 ans qui est partie en Norvège pendant 10 mois. Elle me racontait comment en hivers, la nuit presque continuelle, a induit un besoin très important de sommeil jusqu’à 12h par nuit. Alors que son besoin à diminuer pendant la période d’été. Elle ne dormait alors plus que 6 à 8h par nuit tout en se sentant reposée et pleine d’énergie.


Les conséquences d’un mauvais sommeil sur la santé et les résultats scolaires


Un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité peut avoir différentes répercutions et

notamment, sur la santé, la croissance, la gestion des émotions et les résultats scolaires.


Sur la santé

Le sommeil est crucial pour de nombreuses fonctions biologiques et de façon plus marquée pendant l’enfance. Sa qualité va avoir un impacte sur la santé de l’individu à court moyen et long terme. Ainsi, de nombreuses études démontrent un lien avec une prise de poids excessive, l’hypertension et les infections.


Sur la croissance

L’hormone de croissance est sécrétée presque exclusivement pendant les phases de sommeil profond. Cette hormone a un rôle sur la croissance et la réparation tissulaire. Une perturbation à long terme des phases de sommeil profond ou une insuffisance de sommeil a donc un effet direct sur la taille des enfants.


Sur les émotions

Les enfants comme les adultes fatigués, vont avoir plus de difficultés à gérer la frustration, la colère. Certain décrivent des comportements d’agitation. Comme si pour ne pas s’endormir sur place l’enfant avait besoin de rester en mouvement perpétuel. Ainsi, l’agitation et les différentes crises liées aux difficultés de gestions des émotions vont avoir un impacte dans ce que l’on appelle les relations psycho-sociales. La capacité d’empathie est diminuée, les relations avec les autres enfants comme adultes sont plus conflictuelles ... Il arrive même que certains enfants épuisés par le manque de sommeil soient décrits par leur parents comme difficiles. Leur agitation, les colères fréquentes et leurs « saut d’humeur » peuvent déstabiliser leur entourage. Vous imaginerez facilement comment le manque de sommeil peut alors avoir aussi un impact sur les apprentissages.




Cet impact est double, en effet l’agitation et les difficultés émotionnelles font que l’enfant a du mal à se concentrer. De plus, le sommeil a un rôle dans le processus de mémorisation et de réflexion. Les enfants qui manquent de sommeil, peuvent être agités en classe, rencontrer des difficultés à se concentrer sur leur travail. Ainsi, les exercices sont plus difficiles à finir et les leçons plus difficiles à comprendre et à appliquer. Rapidement les résultats cessent d’être au rendez-vous, les enseignants se plaignent du comportement de l’enfant et celui-ci perd confiance en lui. Il n’a plus envie de travailler et d’aller à l’école …


Les signes évocateurs d’un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité chez l’enfant.

La fatigue

Elle se manifeste par des bâillements répétés, des yeux cernés ou dans le vague. L’enfant fatigué peut être plus pâle qu’habituellement. Certains enfants vont s’endormir en classe. J’ai rencontré une petite fille qui rentrait chez elle à midi et s’endormait allongée sur la moquette pendant que sa maman préparait le repas. Ces signes peuvent être fugaces et basculer rapidement sur une hyperactivité.


L’hyperactivité :

C’est comme si l’enfant luttait contre la fatigue et l’endormissement en bougeant et en

s’agitant sans cesse. « Bouger pour ne pas tomber ! » Les raisons de l’hyperactivité sont mal connues et certainement multifactorielles. Cet enfant est-il hyperactif car il est fatigué, ou fatigué parce qu’il s’agite sans cesse et ne parvient pas à se reposer. Peut-on lui proposer des changements dans ses habitudes de vie, ses rythmes et la réponse à ses besoins pour lui permettre d’être plus reposé et donc plus calme ?


L’irritabilité

Il est grognon, pleur régulièrement, réagit vivement à certaines situations par la colère.


Enfin, si votre enfant ronfle bruyamment la nuit et fait des pauses respiratoires, si son sommeil nocturne est perturbé et s'il est fatigué dans la journée ou au contraire plutôt irritable et hyperactif, consultez votre médecin car il souffre peut-être d’apnée du sommeil.


Des astuces et des idées pour aider nos enfants à dormir plus et mieux :

Vous l’aurez compris, le sommeil de votre enfant est influencé par deux éléments, son état de fatigue et ses rythmes chrono biologiques. Vous pouvez l’aidez et l’accompagner autour des ces questions de fatigue et de sommeil en agissant sur ces deux éléments.


Les actions sur l’état de fatigue.


Les fatigues psychiques et physiques ont chacune une influence. Mais il est plus facile de s’endormir avec la fatigue physique. C’est pourquoi les recommandations autour d’une activité physique régulière sont intéressantes. Mais attention pour favoriser l’endormissement veillez à ce que l’activité physique ai lieu à distance du couché. Les enfants ont aussi beaucoup de bénéfices à sortir et à jouer dehors au quotidien. Même les bébés, ainsi si votre tout petit s’endort difficilement essayez de le sortir plus. Souvenez vous dans les pays nordiques, alors qu’il fait bien plus froid que chez nous les bébés font la sieste dehors…


D’autre part, pour éviter à l’enfant de basculer sur un comportement agiter en réponse à la fatigue et donc d’avoir du mal à se coucher et s’endormir. Vous pouvez pister les signes de fatigue. Je vous dit pister car ceux-ci peuvent être discrets et fugaces. Afin de mieux identifier ces différents signes, vous pouvez tenir un journal du sommeil, dans ce journal notez les activités de votre enfant, son comportement et bien sûr l’endormissement et l’ambiance au coucher. Soyez le plus précis possible cela vous permettra de dégager les éléments importants du rythme chrono biologique de votre enfant et les signes précurseurs de fatigue.

Une maman a qui j’avais conseillé de faire ce petit journal m’a ainsi confié : « J’ai découvert que lorsque Marie (9 mois) baille c’est déjà trop tard. Avant elle se frotte souvent l’oreille. Je la couche donc maintenant avant de la voir bailler et c’est magique elle s’endort rapidement et surtout sans pleurer. »


Ces enfants pour lesquels les parents identifient les signes précurseurs sont des enfants pour lesquels l’endormissement est facilité. Tout bébé, ce sont vraiment ces signes plus que la montre qui peuvent vous guider à condition de réussir à les identifier. Pour les plus grands les signes ont toujours une grande importance. Je vous invite surtout à les mettre en mot pour aider votre enfant à prendre conscience de son état de fatigue et même si comme beaucoup il n’a pas envie d’aller se coucher. Il réalisera le confort d’un endormissement plus rapide. Reste la question des rythmes et de la chronobiologie. Comment aménager le rythme de vie de votre enfant en fonction de ses besoins mais aussi des impératifs sociaux (travail, école, activité et rythme des autres enfants…)


Les actions sur la chronobiologie.

Avant de mettre en place des changements dans vos habitudes de vie, je vous invite à

réaliser un journal du sommeil, si possible sur une période de vacances et une période d’école. La période de vacances vous aidera à identifier le rythme physiologique de votre enfant. Combien d’heure dort t-il naturellement, a-t-il encore besoin d’un temps calme ou même d’une sieste dans la journée… C’est à partir de ces données que vous pourrez essayer d’aménager votre rythme de vie sur les périodes ou vous avez des impératifs comme le travail, l’école ou la crèche.

Dans la mesure du possible essayez de garder un rythme constant, couchez votre enfant lorsqu’il montre des signes de fatigue, si un rythme est instauré en fonction de l’heure à laquelle vous le réveillé le matin, le coucher interviendra jour à près jour sur le même créneau horaire.

Vous pouvez faciliter le coucher en instaurant dès 8 ou 9 mois une petite routine. Cette succession d’événement toujours la même permet au cerveau de l’enfant de rentrer dans la dynamique du sommeil, de débuter la sécrétion de mélatonine et de faciliter l’endormissement. Incluez dans cette routine un temps calme et évitez au maximum les écrans.

Certains enfants expriment un certain nombre de peurs et d’angoisses au moment du coucher ou dans la nuit. Ils sont souvent trop jeunes pour exprimer clairement ce qui les terrorisent. C’est pourquoi je vous propose cette petite liste d’ouvrage qui pourront vous aider.


Petite liste d’ouvrage à lire avec votre enfant pour réfléchir avec lui autour du sommeil :

  • Bisinski P je ne trouve pas mon doudou Paris: L'école des loisirs-Loulou et compagnie, 1997: 8 p.

  • Bode (de) A., Broere R. J'ai peur dans le noir Paris: Hatier, 1996: 33 p.

  • Cannon 1. Stellaluna. Paris: Bayard, 1996 :48 p.

  • Cooper H. C'est la faute à Petit Monstre. Paris: Kaleidoscope, 1995 :40 p.

  • Cooper H Le bébé qui ne voulait pas se coucher Paris: Kaleidoscope, 1996: 40 p.

  • Dr Dolto-Tolitch C., Faure-Poirée C., Boucher J La nuit, le noir Paris: Gallimard Jeunesse, 1994: 12 p.

  • Foreman M. Papa, je ne dors pas ! Paris Kaleidoscope, 1994: 24 p.

  • Gregory V, Miller V Les géants de Catou. Paris: Kaleidoscope, 1995 :30 p.

  • Johnson A, Sweeney J. Katie et les bruits de la nuit. Paris: Flammarion-Père Castor, 1995 32 p.

  • Leavy U., Utton P Une nuit d'orage Paris: Pastel-L'école des loisirs, 1994: 30 p.

  • Ramos M. Au lit Petit Monstre. Paris: Pastel-L'école des loisirs, 1996: 25 p.

  • Saint-Mars (de) D., Bloch S. Lili ne veut pas se coucher Paris: Calligram, 1992 :43 p.

  • Verrept P Qui veut dormir avec moi ? Ed. Mijade, 1994.

  • Waddell M, Firth B. A petits pas dans le noir Ed. Mijade, 1995

  • Whybrow I., Scheffler A. Au lit Barnabé ! Paris: Albin Michel Jeunesse,1997: 14p.

La qualité du sommeil des enfants est très importante, non seulement pour la santé de l’enfant mais aussi pour la qualité de vie de toute la famille. Un certain nombre de dictats se sont transmis de génération en génération pour « éduquer et dresser les enfants à dormir » Dictats relayés par de nombreux professionnels de santé. Aujourd’hui, les connaissances sur le sommeil et le développement des enfants à travers les neurosciences ouvrent sur une vision différente de ces questions. Accompagner un enfant vers le sommeil peut se faire en douceur, en observant ses besoins et en répondant à ceux-ci. Prenez aussi soin de vous, car un parent reposé accompagnera plus facilement son enfant. Enfin, osez demander de l’aide si vous avez des questions, si vous n’arrivez pas à dépister ces fameux signes précurseurs du sommeil ou si tout simplement vous avez besoin d’être conforté dans vos observations.

Je vous invite à utiliser les commentaires de cet article pour partager vos expériences et vos remarques ou poser vos questions


Références :

https://douglas.research.mcgill.ca/fr/sommeil-et-enfant-donnees-scientifiques

https://www.inserm.fr/dossier/sommeil/

http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/cfes/sante/rythmenf.php

Serre-moi fort, comment élever son enfant avec amour, Carlos Gonzale, ed Le Hêtre Myriadis, 2017, 230p

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