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Protégeons les enfants contre toutes formes de violences, y compris politiques. Par Boris Cyrulnik et Adrien Taquet

Je vous partage cet article rédigé par Boris Cyrulnik et Adrien Taquet, Neuropsychiatre, Directeur d’enseignement à l’Université de Toulon et ancien secrétaire d’État à l’enfance et aux familles. Un constat alarmant, des questions pertinentes une réflexion propre à nourrir nos choix et nos action, pour nos enfants, pour l'avenir de notre société et du monde.

Bonne lecture

Claire


Une fois n’est pas coutume, la question de l’enfance n’est pas au cœur de cette campagne électorale, et nous ne pouvons que le regretter. Même si la question de la protection de nos enfants a émergé dans le débat public ces dernières années, grâce à des mouvements comme #MeToo ou à l’élaboration de nombreuses politiques publiques, le chemin pour garantir à nos enfants un environnement sans violences physiques, sexuelles ou psychologiques, est encore si long qu’il aurait pu donner lieu à des propositions volontaristes de la part des différents partis politiques. Il n’en est rien.



Au contraire, les partis d’extrême-droite attaquent directement les droits des enfants. La politique de préférence nationale prônée par le Rassemblement national et son allié de Reconquête nie cette réalité qu’un enfant est avant tout un enfant, et qu’il doit être à ce titre protégé, choyé, valorisé. Et non pas être jeté à la rue (parce que l’on présume qu’il triche sur son âge), être privé de soins (parce que l’on aura supprimé l’aide médicale d’État), être empêché d’aller à l’école avec ses copains (parce que l’on aura conditionné son droit à la scolarisation). Qui prétend défendre la cause de l’enfance ne peut pas faire le choix de l’extrême-droite et de la violence faite aux enfants qui se niche au cœur même de son programme.



Mais nous partageons une autre inquiétude toute aussi grande, plus sournoise peut être car plus diffuse, qui fait peser une menace sur nos enfants, sur leur développement et sur leur bien-être : l’avènement d’une société où la violence devient l’expression normalisée des rapports sociaux, où les débats sont remplacés par insultes et invectives. Une société où, par la violence verbale et physique, certains groupes essaient d’imposer le conflit partout et tout le temps, l’agitation perpétuelle comme mode opératoire ordinaire. Une société où la figure rassurante de l’adulte devient celle de la transgression permanente.



Et ce, alors même que nous savons désormais qu’un enfant a besoin d’un environnement sécurisant pour se développer, grandir et s’épanouir. Une sécurité physique, matérielle et relationnelle, sans laquelle rien ne peut se construire chez un tout-petit -ce que nous enseigne la politique autour des 1000 premiers jours. Un enfant qui, dès le ventre de sa mère, est perméable aux fracas du monde, et dont la science a démontré que sa santé sera affectée jusqu’à l’âge adulte par les violences dont celle-ci est victime par exemple. Ce qui est vrai pour les plus petits l’est également tout au long de l’enfance, et la conflictualité qui marque notre époque n’est pas étrangère à la forte dégradation de la santé mentale chez nos adolescents.  



Ainsi, nous prétendons vouloir protéger nos enfants de la violence, alors que nous acceptons dans le même temps que certains alimentent une société de plus en plus violente. Ne nous trompons pas, dans une société dominée par la violence des rapports politiques et sociaux, que cette violence soit clairement dirigée ou plus insidieuse, ce sont toujours les plus vulnérables qui en sont les victimes immédiates, au premier rang desquels figurent les enfants. Les enfants de notre pays ont besoin des conditions apaisées à leur épanouissement, et non du fracas induits par les comportements politiques extrêmes, quels qu’ils soient, où l’on dresse les uns contre les autres. Ils ne peuvent trouver la sécurité nécessaire dans une société fragmentée traversée par la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme et un communautarisme qui les enferme alors qu’ils ont besoin d’altérité pour se construire. Leur avenir en dépend, celui de notre pays aussi.



« Je suis de mon enfance comme d’un pays » écrivait Saint-Exupéry dans Pilote de guerre, son livre témoignage sur la guerre de 40. Veillons à faire de ce pays le berceau d’une enfance la plus heureuse et protectrice possible pour les enfants d’aujourd’hui et de demain.




 

Article rédigé par : Boris Cyrulnik et Adrien Taquet

Publié le 29 juin 2024

Mis à jour le 28 juin 2024 site des pros de la petite enfance

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