Accueillir un bébé allaité en crèche


L’organisation mondiale de la santé recommande un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois, suivi d’un allaitement associé à la diversification jusqu’aux 2 ans de l’enfant. Aujourd’hui en France 95% des femmes ayant repris leur activité professionnelle avant les 1 an de l’enfant, nous avons, nous professionnels de la petite enfance un vrai rôle à jouer dans le soutien et la promotion de l’allaitement maternel lors de l’accueil des enfants en crèche.


Un rôle d’information


La grande majorité des mères ont déjà définit leur projet d’allaitement lorsque nous les rencontrons pour la première fois. Cependant certaines ne savent pas qu’il est possible de poursuivre l’allaitement tout en travaillant. Cette première information, donnée dans le respect de leur projet est primordiale car elle ouvre la porte des possibles. Mais pour poursuivre leur allaitement, les femmes ont besoin de différents types d’informations. A la fois sur les réels bénéfices de cette poursuite mais aussi sur l’organisation pratico-pratique à mettre en place.


Sur les bénéfices de la poursuite de l’allaitement

L’allaitement maternel est aujourd’hui reconnu pour ses nombreux bénéfices, non seulement pour la santé de l’enfant mais aussi de sa mère. Ces bénéfices sont d’autant plus marqués que la durée de l’allaitement est plus longue. Autrement dit c’est en poursuivant l’allaitement au delà des premiers mois, après la reprise du travail que les mères vont potentialiser les bénéfices de l’allaitement. Bien sûr, en crèche les enfants sont particulièrement exposés aux infections ORL, aux gastroentérites et autres maladies infectieuses de la petite enfance et l’effet protecteur de l’allaitement est un véritable atout. Mais ce n’est peut-être pas l’argument majeur qui incite les femmes à pour suivre leur allaitement. Il semble que l’émotionnel et le lien d’attachement soit bien plus décisif. En effet nombreuses sont les mères qui témoignent du crève-cœur que représente pour elles le sevrage et la séparation induits par une reprise du travail.


Sur une organisation pratico-pratique à mettre en place

Les questions d’organisation sont très nombreuses, certaines mamans se les posent dès la sortie de maternité. Savoir comment les choses vont s’organiser, ce qu’il est possible de faire et ce qu’il faut prévoir est un préalable indispensable pour vivre une reprise du travail sereine. Nous devons donc aider les mères à répondre à ces questions pour leur permettre de trouver une organisation qui leur convienne à elles et à leur bébé.



Quel matériel utiliser ? Vous le savez depuis le massage manuel jusqu’au tire lait électrique double pompage tout est possible, chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients


Quand tirer leur lait ? Nous pouvons voir avec elles s’il leur est possible de faire des petits stocks, comment elles s’organiseront sur leur lieu de travail (planning, lieu, intimité, stockage du lait...) Lorsque nous abordons ces questions, nous pouvons leur fournir les recommandations de bonnes pratiques pour le stockage et la conservation du lait maternel mais aussi quelques éléments sur la législation et le droit du travail autour de l’allaitement.


Comment allez-vous donner son lait au bébé ? ou bien est-il possible que la maman vienne donner le sein dans la structure ? Plus le bébé est jeune et plus l’introduction d’une tétine ou d’un biberon peut perturber le mode de succion. En effet le biberon et le sein demandent deux gymnastiques très différentes, certains bébés passent facilement de l’une à l’autre et d’autres se mettent à téter au sein avec difficulté. Ils peuvent alors provoquer des crevasses ou avoir de plus en plus de mal à obtenir suffisamment de lait, enclenchant un cercle vicieux qui peut mener jusqu’au sevrage. C’est pourquoi le matériel à utiliser pour nourrir le bébé est à discuter avec les parents en fonction des possibilités de votre structure et de la formation de l’équipe.


Comment poursuivre un allaitement à la demande ?. Le meilleur moyen de maintenir une bonne lactation et un parfait accordage entre la maman et son bébé, c’est l’allaitement à la demande. C’est pourquoi vous pouvez conseiller aux mamans de poursuivre l’allaitement à la demande après leur reprise du travail.


Un Rôle de soutien et de valorisation


Les premières semaines qui suivent la reprise du travail sont décisives. Elles sont souvent marquées par la fatigue, des questionnements autour de la quantité et de la qualité du lait , des réactions ou un comportement du bébé parfois difficiles à gérer.


La Fatigue

Les mamans ressentent souvent une fatigue importante et c’est normal. En effet au rythme trépident de leur vie professionnelle s’ajoutent des nuits écourtées, des trajets supplémentaires et une charge de travail à la maison alourdie. Mais le plus lourd et le plus épuisant reste certainement lié à la charge mentale. Il nous faut donc rassurer les mamans sur cette fatigue, elle est passagère le temps qu’elles trouvent leurs marques, leur rythme et leur organisation. Mais surtout elle n’est pas majorée par l’allaitement.


Les questionnements autour de la qualité et la quantité de lait.

Jusqu’à présent, le bébé tétait directement au sein. Normalement le fait de le voir grandir et s’épanouir permettait aux mamans d’être rassurées quant à la qualité de leur lait. En le tirant, elles peuvent observer sa couleur, son aspect … Face à ces différents éléments des interrogations peuvent naître, à nous de savoir les rassurer. Leur lait est de qualité, suffisamment riche et toujours adapté à leur bébé.


Pour les quantités, souvenez-vous que les règles de calcul que nous connaissons pour les préparations pour nourrissons ne peuvent pas s’appliquer aux bébés allaités. En effet ils ont un rythme de tété très différent et l’on ne sait pas quelle quantité de lait ils prennent lorsqu’ils sont au sein. Nous pouvons rassurer les mamans en leur montrant les signes d’un transfert de lait efficace et d’une croissance harmonieuse avec le poids bien sûr mais aussi la présence de selles et d’urine en quantité suffisante dans les couches. Et si vous dépistez des signes d’une baisse de lactation, pas de panique, incitez la maman à mettre plus son bébé au sein. (Plus souvent, sur les deux seins, voire à pratiquer la super alternance et les tétées sandwich.)


Par rapport au comportement et aux réactions du bébé


Certains bébés, notamment ceux qui ont connu un maternage proximal, expriment fortement leur désaccord. Assez souvent d’ailleurs en refusant de manger pendant le temps de garde. Comment rassurer les mamans tout d’abord en leur expliquant que c’est une réaction normale et saine. D’autre part nous applaudissons tous des deux mains quand un bébé fait ses nuits et reste 5 à 8h sans manger alors pas d’inquiétude si le bébé choisit de jeûner la journée pendant qu’il est à la crèche et de se rattraper la nuit lorsqu’il est avec sa maman.

Que proposer à ces mamans pour les soutenir ? Notre compréhension, notre sérénité et les mots que nous allons utiliser ont un véritable impact. Ensuite nous pouvons les aider à réfléchir à une organisation de la nuit facile, la plus ergonomique leur permettant de se reposer au maximum et de répondre aux besoins de leur bébé. En parallèle l’accompagnement du bébé est lui aussi important, mettre des mots sur ce qu’il vit, le porter le rassurer au mieux pour le sécuriser , l’aider à passer ce cap et ne pas se focaliser sur l’alimentation.


Un rôle d’écoute

Comme pour toutes les mamans, la reprise du travail et l’intégration du bébé en crèche est source d’ambivalence, de questionnement parfois d’inquiétude… Notre rôle d’écoute bienveillante de reformulation est alors primordial.


Un rôle d’orientation

Il y a des situations où vous pouvez vous trouver en difficulté pour aider une maman. Sachez que vous pouvez passer le relais et les orienter vers un groupe de soutien à l’allaitement ou vers consultante en lactation.



Ainsi, les informations et les conseils sont nombreux et variés. Il existe une multitude de méthodes et d’organisations. Certains schémas, comme le classique « une tétée le matin et une le soir », ont plus le risque d’aboutir à un sevrage. Notre posture professionnelle est complexe, informer sans culpabiliser, guider et accompagner dans le respect du projet d’allaitement de chaque couple, soutenir, orienter, écouter… toute la richesse de notre métier.